Histoire de la Cathédrale

Vicariat Apostolique Latin d’Istanbul

BASILIQUE CATHEDRALE DU SAINT-ESPRIT

Paroisse Catholique de Rite Latin du Secteur Nord d’Istanbul

Desservie par le Clergé Séculier du Vicariat jusqu’en 1989

et par les Pères Salésiens de Saint-Jean Bosco depuis le dimanche 8 octobre 1989.

 

1846    ERIGEE EN L’HONNEUR DU SAINT-ESPRIT par S.E. Mgr. Julien Hillereau, Vic. Ap.

1865    COMPLETEMENT RESTAUREE APRES L’INCENDIE par S.E. Mgr. P.  Brunoni, Vic. Ap.

1875    CONSACREE par S.E. Mgr. A. Grasselli, Vic. Ap.

1889    AFFILIEE A LA BASILIQUE VATICANE DE SAINT-PIERRE de Rome.

1909    DECLAREE BASILIQUE MINEURE.

1921    INAUGURATION DU MONUMENT DE S.S. LE PAPE BENOÎT XV “BIENFAITEUR DES PEUPLES”.

1934-1944 AIMABLE PRESENCE DU DELEGUE AP. MGR. ANGELO G. RONCALLI (SAINT-JEAN XXIII).

1967    VISITE DU PAPE S.S. PAUL VI avec le PATR. ŒCUM. S.S. ATHENAGORAS.

1979    VISITE DU PAPE S.S. JEAN-PAUL II avec le PATR. ŒCUM. S.S. DIMITRIOS I.

2006    VISITE DU PAPE S.S. BENOÎT XVI avec le PATR. ŒCUM. S.S. BARTHOLOMAIOS.

2014    VISITE DU PAPE S.S. FRANÇOIS avec le PATR. ŒCUM. S.S. BARTHOLOMAIOS.

 

La Cathédrale, de type romain, a fêté son centenaire en 1946, et a vu comme pasteur Saint-Jean XXIII, Angelo Giuseppe Roncalli, qui fut délégué apostolique avant de devenir Pape à Rome. Un tableau à gauche de la cathédrale a été peint en son honneur en l’an 2000, année durant laquelle a été donné son nom à la rue qui longe la façade postérieure de la cathédrale.

La cathédrale représente le centre spirituel des catholiques latins du Vicariat d’Istanbul, étant donné que le chef spirituel, l’Evêque, a sa chaire (cathedra en Latin) ici même.

Notre cathédrale a souhaité la bienvenue à 4 Papes et vous trouvez les plaques commémoratives au fond de l’église.

Une crypte historique est située sous la partie centrale de la cathédrale, où, parmi les autres, reposent l’Archevêque fondateur de la cathédrale, Monseigneur Julien Hillereau, le musicien Donizetti Pasha, premier chef d’orchestre de la cour du sultan, et Faik Pasha, pharmacien impérial.

Le tableau que vous trouvez derrière le maître-autel, en plein centre, peint en 1867, a été donné par le Pape Pie IX. Le tableau représente la descente du Saint-Esprit, nom que porte la basilique cathédrale depuis sa consécration  le 5 juillet 1846.

 

ARTICLE ECRIT PAR J. LAZIAN ET PUBLIE EN JUIN 1947 SUR LE JOURNAL “LE FLAMBEAU” POUR LE CENTENAIRE DE LA CONSECRATION DE LA CATHEDRALE

 

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L’image au début de l’article original

La Cathédrale du Saint-Esprit – Un Siècle d’Histoire [1]

 

De ceux qui, traversant aujourd’hui la grande place de Taksim ornée du monument de Canonica, rejoignent, par la large avenue qui s’ouvre devant eux, la Cathédrale du Saint-Esprit, il n’en est plus aucun qui ait vécu du temps où, là, s’arrêtait la ville. Au-delà verdoyait la campagne où l’on n’apercevait que des cimetières — le latin et l’arménien — l’hôpital de Surp-Agop, les casernes de Harbiye et l’Artigiana, maison de retraite pour vieillards, construite en 1839. Un aubergiste, originaire de Bologne, Jean-Baptiste Pancaldi, installé dans cette solitude, gagnait sa vie à débiter des consommations aux chasseurs et amateurs de grand air et a, peut-être sans s’en douter, baptisé de son nom de Pancaldi, tranformé en Pangalti, l’immense faubourg actuel.

C’est dans cet espace désert que Monseigneur Hillereau, prévoyant que la ville empiêterait sur la campagne, acheta un grand terrain pour y construire une église dont il devait faire la Cathédrale sous le vocable du Saint-Esprit.

C’était en 1846. Cette date est doublement intéressante à retenir : parce qu’elle marque la fondation de notre Basilique-cathédrale et parce qu’elle est comme le point de départ de l’organisation du clergé séculier d’Istanbul qui n’était représenté jadis que par des prètres de passage ou établis au service du Vicariat Apostolique, des ambassades, de familles notables, en qualité de chapelains ou de précepteurs.

Monseigneur Fracchia, de Génes, avait acheté en 1782, aux Capucins, l’Eglise de Saint-Georges à Galata dont il avait fait la première église du Vicariat et sa cathédrale. Mais, les fidèles désertant Galata pour Péra, son successeur, Monseigneur J.B. Fonton, Mineur Conventuel, Vicaire Apostolique en 1799, transporta son siège à l’Église de la Sainte Trinité achetée en 1802 aux Autrichiens et cédée au rite arménien en 1857.

Ni l’église de Saint Georges ni celle de la Sainte-Trinité n’étaient paroisses.

Monseigneur Fonton avait cédé sa place à son Coadjuteur, Monseigneur Vincent Coressi qui, après sa mort fut remplacé par son propre Coadjuteur, Monseigneur Hillereau. C’est donc lui qui sera le bâtisseur.

Le 5 juillet 1846, cinquième dimanche après Pentecôte, les cloches de la nouvelle église du Saint-Esprit appelaient les fidèles à la cérémonie de la consécration à laquelle assistait l’Ambassadeur de France, Monsieur de Bourquenay. Dès le lendemain, elle était érigée en paroisse. Les limites de cette dernière étaient à peu près les mêmes que celles d’aujourd’hui, compte-tenu des modifications introduites en 1910 par Monseigneur Sardi qui érigea Notre-Dame de Lourdes en paroisse.

Un an après, la paroisse comptait déjà 213 familles totalisant 949 âmes. Son premier curé fut l’abbé Jacques Barozzi, prédicateur éloquent, docteur in utroque jure, théologien et linguiste distingué.

C’est à la demande de Monseigneur Hillereau que le Pape Grégoire XVI envoya aux catholiques de la ville les reliques de Saint-Crispin martyr, qui, transportées solennellement, furent placées sous l’autel de Notre-Dame des Sept Douleurs.

Monseigneur Hillereau était encore à la tête du Vicariat quand Pie IX, monté sur le trône de Saint-Pierre, et à qui Abdul Médjid avait envoyé une Ambassade pour le féliciter de son élection, chargea Monseigneur Ferrieri, Archevêque de Sida, de se rendre en mission auprès du Sultan pour lui offrir avec ses remerciements, les dons que lui envoyait le Saint Père.

Un an avant sa mort survenue en 1855, à la suite du choléra, Monseigneur Hillereau avait fait construire une autre église du Saint Nom de Jésus ou de Saint-Jean Chrysostome. Son corps repose dans la crypte du Saint-Esprit.

Nommé pro-Vicaire Apostolique, Monseigneur Mussabini, Archevêque de Smyrne, qui eût désiré être dispensé de sa nouvelle mission pour se consacrer uniquement à son diocèse, se trouva dans la nécessité de prendre position dans la question de la fondation de l’Institut des Religieuses de Sion. Le Père Théodore Ratisbonne avait fait connaître son intention d’ouvrir un pensionnat dans le corps de logis primitivement destiné à être la résidence de l’Evêque et qui avait été, par la suite, louée aux Filles de la Charité. Celles-ci ayant donné leur accord sur cette cession, les Soeurs de Sion prirent la direction du pensionnat en 1857.

C’est en 1858 seulement que Monseigneur Paul Brunoni, Délégué Apostolique de Syrie, fut envoyé comme Vicaire Apostolique. Il ne devait être élevé à la dignité de Délégué que dix ans après. Monseigneur Brunoni a eu un épiscopat assez tourmenté, peut-être à cause d’un peu de faiblesse, conséquence d’une excessive bonté. De son temps date la construction de la belle église de Kadikeuy et une réfection totale de l’église du Saint-Esprit où un bruit formidable entendu le jour de l’Immaculée Conception de l’année 1864 éveilla des doutes quant à sa solidité. La difficulté de recueillir les fonds nécessaires pour cette reconstruction, jointe à celle de trouver des ouvriers, par suite de l’épidémie de choléra, rendirent la tâche de Monseigneur Brunoni particulièrement pénible. Enfin, le 31 décembre 1865, dans l’église remise en état, il pouvait, revétu de ses ornements pontificaux, commencer les prières de la bénédiction, en présence de nombreux paroissiens dont, en vint ans, le nombre avait doublé.

Nommé Patriarche d’Antioche et Chanoine honoraire de Sainte-Marie Majeure, Monseigneur Brunoni céda la place à Monseigneur Joseph Pluym, hollandais, de la Congrégation des Clercs déchaussés de la Très Sainte Croix et de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Une grande catastrophe attendait le nouveau Vicaire Apostolique. C’était le 5 juin 1870. Une maison ayant pris feu à Valide-Tchechmé, vers deux heures de l’après-midi, le tiers du faubourg de Beyoglou était en flammes au bout de cinq heures. Monseigneur Pluym se trouvait au Saint-Esprit pour les premières vêpres de la Pentecôte. On vint lui annoncer que l’église Saint-Jean Chrysostome et la maison attenante de la Délégation étaient en danger. Aga Djami, n’était déjà qu’un brasier ; l’église de Saint-Jean Chrysostome était, en effet, dévorée par le feu; on ne put arracher aux flammes que les saintes espèces, les ornements sacerdotaux et épiscopaux et les objets les plus précieux du culte. De la résidence épiscopale et de son importante bibliothèque, il ne restait plus rien. Le nombre des morts était évalué à un millier. Aux secours distribués par le Gouvernement et la Municipalité, Rome tint à ajouter son aide, et Monseigneur Pluym donna, sans compter, sur sa propre fortune. Quatorze Filles de la Charité s’employèrent à soulager les malheureuses victimes de la catastrophe.

On doit à Monseigneur Pluym l’école paroissiale des Filles tenue par les Soeurs de Sion et celle des garçons dirigée par les Frères des écoles chrétiennes. Cette dernière surtout connut des jours de grandeur mais perdit de son importance quand s’ouvrit celle de Taksim. Fermée de 1914 à 1919, pendant la Première Guerre mondiale, elle rouvrit ensuite ses portes jusqu’en 1940, pour fermer définitivement. Monseigneur Pluym eut à exercer sa mission dans des circonstances particulièrement difficiles : en effet, son épiscopat a été assombri par le schisme des anti-hassounistes et par l’extrême pauvreté du Vicariat, surtout aprês l’incendie.

Mort le 12 Janvier 1874, il a été enterré dans la crypte du Saint-Esprit à côté de Monseigneur Hillereau.

Vers la fin de 1874, Monseigneur Antoine-Marie Grasselli, de l’ordre des Frères Mineurs Conventuels, arriva pour prendre la succession de Monseigneur Pluym. C’est lui qui procéda, en présence de M. Bourgoing, Ambassadeur de France, à la consécration de l’église du Saint-Esprit, et c’est à ce moment que le Curé, l’abbé Antoine Galibert, fit ériger le maître-autel en marbre, oeuvre du sculpteur Poirson, qu’on voit encore aujourd’hui. Dans le sépulcre de l’autel furent enfermées les reliques des Saints Lin, pape et martyr, premier successeur de Saint-Pierre ; Laurent, martyr ; Sébastien, capitaine de la garde prétorienne de Dioclétien, et Crispin. En outre, l’église fut érigée en Cathédrale le 20 janvier 1876.

Un peu plus tard, l’Abbé Galibert devait être nommé évêque de Santorin. C’est Monseigneur Grasselli qui lui imposa les mains, assisté de Monseigneur Hassoun et de Monseigneur Marengo, archevêque d’Athènes. Le nouveau curé devait être l’abbé Dacus, physionomie très populaire dont on garde encore le souvenir. C’est à la chronique qu’il a rédigée pendant de longues années que nous devons en partie les détails intéressant I’histoire d’un siècle du Vicariat.

En 1880, Monseigneur Grasselli était rappelé à Rome. Admiré pour son érudition, aimé pour son affabilité, son départ provoqua d’unanimes regrets. Cinquante voitures; accompagnèrent la sienne jusqu’à Top Hané où il s’embarqua sur la mouche de l’Ambassade de France qui devait le conduire jusqu’au paquebot de l’ancien Lloyd autrichien.

Son successeur, Monseigneur Vincent Vanutelli ne fit pas long séjour. Excellent diplomate, il était nominé, deux ans et demi après son arrivée, internonce au Brésil. Mais ce rapide passage fut marqué par diverses mesures dont quelques unes à longue portée comme l’érection en paroisse, confiée aux prêtes séculiers, de l’église de Kandilli et de Vaniköy, la liquidation définitive de la question des anti-hassounistes et l’ouverture à Saint-Louis d’une école de garçons qui devait plus tard devenir séminaire.

En levant les yeux vers le plafond à caissons de la basilique qui rappelle les églises de Rome, vous y verrez les armes de la Papauté, celles de la Propagande, les armes du Vicariat et celles des bâtisseurs de l’église, Monseigneur Hillereau, et Monseigneur Brunoni. C’est à l’initiative de Monseigneur Louis Rotelli, venu en 1883, après Monseigneur Vanutelli, que nous devons ces décorations, exécutées en 1884 et qui, disent les archives que j’ai consultées, ont coûté vingt livres turques  ! En même temps, le Curé Dacus dotait l’église de sa chaire. Le passage de Monseigneur Rotelli a été, en outre, signalé par les travaux de la chapelle de Saint-Jean Chrysostome où, en 1884, eut lieu la translation de la relique du Saint qu’avait accordée Rome, par le perfectionnement des orgues, la consécration de l’Eglise de Prinkipo et la fondation de l’école grecque-catholique Sympnia.

Les Délégués Apostoliques sont de passage. En 1887, Monseigneur Rotelli était nommé nonce à Paris. Rome désigna son successeur en la personne de Monseigneur Auguste Bonetti, Lazariste, Supérieur de la Mission à Salonique. On n’a pas oublié cet homme, tout d’une pièce, dont la droiture lui valut l’estime générale. Il dota Saint-Esprit de nouvelles orgues, qui coutèrent 15.000 francs, et à l’achat desquelles il contribua largement de ses propres deniers. Je suis de ceux qui se souviennent encore de la cérémonie d’inauguration et de la magnifique allocution que prononça, à cette occasion, un ami très cher et très regretté, le Révérend Père André, ancien Supérieur des Pères de la Compagnie de Jésus. C’est du temps de Monseigneur Bonetti que les Pères Salésiens s’établirent ici et que s’ouvrit ce Monastère de la Prière qui s’appelle le Carmel où, flans le silence, on aime Dieu el on le fait aimer aux âmes capables de s’élever au-dessus de la misère humaine.

Puis, ce fut une série d’événements auxquels le Saint-Esprit s’associa par des cérémonies spéciales : le jubilé de Léon XIII pour le vingt-cinquième anniversaire de son couronnement ; sa mort qu’annonça le glas sonné par toutes les églises à partir de dix heures du matin et pendant une demi-heure à midi et après l’Angélus du soir, l’élection de Pie X que le Vicaire général, Monseigneur Borgomanero remplaçant de Mgr Testa, décédé, annonça au Sultan par qui il fut chargé de transmettre au Saint-Père ses félicitations et qui lui exprima sa satisfaction pour la fidélité des catholiques turcs.

Le 31 mars 1900, Monseigneur Dacus terminait sa longue carrière par une mort pieuse. Il ne laissait rien en dehors de 284 livres qu’il léguait, par testament, aux pauvres. Il avait aimé sa paroisse et avait renoncé, pour ne pas s’en séparer, aux fonctions de Vicaire Générai auxquelles Monseigneur Bonetti avait pensé l’appeler. C’est à un de ses successeurs, l’abbé Ammiragli qu’on doit la cloche à sonnerie du clocher de la cathédrale.

Un peu plus de quatre ans après Monseigneur Dacus, Monseigneur Bonetti était appelé, à son tour, à recevoir la récompense éternelle. Pendant trois jours, clergé, diplomates et fidèles défilèrent devant le corps du Pasteur du Diocèse pour lui apporter un dernier hommage de leur vénération. Dans son testament, il n’avait oublié ni la Cathédrale, ni les pauvres de Salonique, ni ceux d’ici, ni les institutions de charité ni les Petites-Soeurs des Pauvres qu’il estimait particulièrement. La cérémonie des funérailles fut une véritable manifestation de respectueuse sympathie : toutes les autorités s’y étaient fait représenter ; le corps diplomatique était présent au grand complet ainsi que les chefs de toutes les communautés religieuses, même non catholiques. Un double détachement de marins français rendait les honneurs et l’absoute fut donnée, à tour de rôle, par les chefs religieux des différents rites.

Sept mois s’écoulèrent avant l’arrivée, au début de l’année 1905, de Monseigneur Jean Tacci Porcelli. Ce Délégué symbolisait le calme et la douceur. J’ai eu sous les yeux le texte d’une lettre des plus touchantes qu’il écrivit à un curé dont il avait reçu la démission un peu précipitée. Le curé retira sa démission. Qui peut résister à l’extrême bonté ?

Monseigneur Tacci présida les fêtes du quinzième centenaire de la mort de Saint-Jean Chrysostome. Nommé nonce à Bruxelles en 1908, il n’eut pas le temps de réaliser ses projets sur le diocèse.

A l’arrivée de Monseigneur Vincent Sardi, le 28 juin 1908, de grandes réformes furent introduites. Monseigneur Sardi était un homme ardent, énergique, aimant l’action et épris de discipline. C’était, en outre, un latiniste distingué. Je suis heureux d’avoir à évoquer le souvenir de ce Pasteur, peut-être un peu sévère d’apparence parce que, pour lui, le devoir primait tout, mais, au fond, compréhensif et paternel, et je peux, sans me tromper, rendre cet hommage à sa mémoire.

Monseigneur Sardi eut comme curé Mgr. Roch Collaro qui devait, par la suite, être nommé successivement examinateur synodal, Camérier et Prélat domestique de Sa Sainteté, protonotaire apostolique et Vicaire Général.

On doit à Monseigneur Sardi un décret réglant minutieusement les cérémonies religieuses; la préparation, par une commission, des textes d’un catéchisme du diocèse en français, italien et grec; l’impression du nouveau calendrier diocésain, la publication d’une semaine religieuse “Le Bulletin du Vicariat Apostolique” et la réforme du chant religieux. Il renforça le cadre des prêtres, obtint de Rome pour le Saint-Esprit le titre de Basilique mineure et y érigea le Chapitre des chanoines.

Le 11 janvier 1913, le feu prit à la charpente intérieure du clocher et à la boiserie supportant les cloches qui tombèrent en même temps que celle de l’horloge. Les réparations exigées par cet accident furent l’occasion de transformations qui ont donné à la cathédrale sa physionomie actuelle. On y plaça les stalles pour le chapitre, on dota l’église de bancs en chêne et on y installa I’électricité.

Plusieurs changements s’étaient produits dans les cadres : MonseigneurBraggiotti était mort, MonseigneurGuillois était ordonné prêtre. Monseigneur Borgomanero avait été remplacé par Monseigneur Pompilj.

A la mort de Pie X. Monseigneur Sardi était encore ici mais, il ne devait pas tarder à partir. Le “Bulletin du Vicariat Apostolique” publia sa belle lettre d’adieu à son diocèse et trois mois après, Monseigneur Ange Marie Dolci faisait son entrée à la Délégation Apostolique.

Entre-temps, les cérémonies organisées à l’ occasion de l’élection de Benoît XV étaient présidées par Monseigneur Pompilj.

Monseigneur Dolci était le type du fin diplomate. Il arriva ici au bruit du canon dont le grondement passait sur toute l’Europe. C’était la guerre. Il employa tous ses efforts à réaliser le désir du Saint-Père, pour en adoucir les horreurs : il inaugura l’oeuvre de la soupe, s’appliqua à atténuer les souffrances de tous, sans distinction de race ni de religion, envoya des dons aux combattants turcs, s’entremit pour procurer leur liberté aux captifs politiques et pour fournir des nouvelles des prisonniers à leurs familles. Il n’est donc pas étonnant que tous, même ceux qui n’appartenaient pas à la religion catholique, aient répondu avec joie l’idée d’élever une statue au Pontife de Rome, bienfaiteur de l’humanité. Cette statue fut érigée le 11 décembre 1921 dans la cour de l’église en présence des Autorités du corps diplomatique et d’une foule compacte de fidèles. La souscription alimentée par tous avait duré deux ans.

Mais la guerre avait pris fin. Il fallait songer à remercier Dieu d’une paix si longtemps attendue. Et le 5 juin 1922, à l’occasion du récent Congrès Eucharistique International de Rome (25 mai 1922) se déroula  avec la permission des autorités, la magnifique procession eucharistique qui groupa quelques dix mille catholiques et qui se termina par la bénédiction du Très Saint-Sacrement donnée d’abord en plein air puis à la Cathédrale.

Ces grands souvenirs ne doivent pas nous faire oublier la surélévation du clocher, doté de nouvelles cloches que Monseigneur Dolci baptisa le 14 janvier 1922, ni la nomination comme vicaire géneral de l’actif Monseigneur Cesarano qui remplaçait Monseigneur Pompilj, parti pour Smyrne, où il mourut comme Visiteur Apostolique, ni le sacre de Monseigneur Nicolas Carichiopoulo, évéque de Chio.

Monseigneur Dolci était resté près de neuf ans ; c’était un record. Il n’était donc pas étonnant qu’on le déplaçat comme nonce en Roumanie. Son successeur, Monseigneur Ernest Filippi ne fit que passer. Une année après le départ de Monseigneur Dolci, Monseigneur Ange Rotta arrivait comme Délégué Apostolique. C’est lui qui présida au Sacre de Monseigneur Filippucci, archevêque d’Athènes, assisté de Monseigneur Roncalli, Délégué Apostolique en Bulgarie, et de Monseigneur Nazlian, Visiteur des Arméniens Catholiques et gérant du Patriarcat. Il inaugura l’ouvroir, dota l’église des portes en fer qui sont sur la rue et des escaliers de pierre qui mènent à la cour, désigna Monseigneur Guillois aux fonctions de Chancelier et, après avoir présidé les fêtes du jubilé Sacerdotal de Pie XI, prit le chemin de la Hongrie où il était nommé nonce.

Monseigneur Charles Margotti qui succéda à Monseigneur Rotta est la personnification de ce que notre époque actuelle considère comme choses de musée. Cette distinction n’exclut ni la simplicité ni la bonté. Monseigneur Margotti fut simple et bon tout en restant grand Seigneur. Il a ajouté, comme tous ses prédécesseurs, quelques pietres à l’édifice : on lui doit, entre autres, certaines codifications de lois intéressant la vie ecclésiastique, pour lesquelles il convoqua un synode. C’est lui qui procéda au sacre de Monseigneur Cesarano, évéque de Manfredonia.

Lé départ de Monseigneur Margotti nous valut en 1935 le Pasteur paternel et bienveillant que fut Monseigneur Ange Roncalli. Homme de haute culture, esprit très fin, causeur charmant, négociateur habile et, avec tout cela, âme véritablement sacerdotale, Monseigneur Roncalli s’est attiré tous les coeurs par son extrême bonté et par la charité avec laquelle il s’est appliqué, au cours de la dernière guerre, à soulager le plus d’infortunes possible et à atténuer, sans ménager sa peine, bien des douleurs et bien des angoisses. Il n’a cessé d’implorer le Ciel que notre pays fût épargné par le fléau, faisant le voeu public d’élever à Saint-Antoine de Padoue dont il a invoqué l’intercession, une statue en argent. Ce voeu, il désire l’accomplir lui-même si les circonstances le lui permet-tent : il l’a déclare avant son départ pour Paris où il a été, il y a deux ans, désigné comme nonce.

En parlant du successeur de Monseigneur Roncalli, Son Excellence Monseigneur Alcide Marina, il me faut déja annoncer son prochain départ à Beyrouth où il se rend comme nonce apostolique. Mais ce sont là choses d’aujourd’hui; ce n’est  pas encore de l’histoire. Un autre que moi dira, après un siècle, pour un second centenaire, dans le “Flambeau”, —cette petite publication, si sympathique à nos catholiques qui en éprouvaient le besoin et dans les colonnes de laquelle ce précis de l’histoire du Vicariat d’Istanbul reçoit une bienveillante hospitalité, — que Monseigneur Marina a laissé ici plus qu’un souvenir superficiel : l’empreinte durable dont sont capables les âmes attachantes par leur bonté, hautes par leur humilité et fortes par leur foi.

Ainsi, les coopérateurs de Dieu se succèdent et, comme l’écrivait Saint-Paul aux Corinthiens : sur le fondement qui est le Christ Jésus, l’un a bâti, un autre bâtira encore. Puisse l’édifice qu’est l’Eglise d’Istanbul être l’édifice d’or et de pierres précieuses : puisse l’ouvrage de chacun être manifesté dans la lumière de la bienheureuse immortalité afin que reçoivent leur salaire Pasteurs, prêtres et fidèles dont une plume modeste, en relatant rapidement ce qu’ils ont accompli pendant un siècle, à la gloire de Dieu, a essayé de fixer au moins pour un temps, le souvenir.

  1. LAZIAN

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[1] Article écrit par J. Lazian et publié en Juin 1947 sur le journal “Le Flambeau” pour le centenaire de sa consécration.